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1943 - 1944, l'Artillerie française dans la campagne d'Italie.
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L'année 1943 marque le tournant de la 2ème
Guerre Mondiale : l'Allemagne subit des échecs sévères
sur le front russe, le 12 mai les troupes germano-italiennes
sont définitivement chassées d'Afrique, les Alliés
débarquent en Italie, en juillet ils occupent la Sicile,
la Calabre, et le 8 septembre obtiennent la capitulation sans
condition de l'Italie.
La Wehrmacht qui évacue Naples, se retranche solidement
sur des positions fortifiées couvrant Rome : la ligne
Gustav, d'où les attaques des divisions alliées
ne parviennent pas à l'en chasser.
Décidée à se défendre farouchement,
galvanisée par ses éclatantes victoires des années
précédentes, cette armée au moral d'acier
s'estime invincible. Pour ce faire, elle occupe les positions
dominantes, s'accroche désespérément à
chaque piton, et met en place une organisation défensive
appropriée :
sur chaque sommet, quelques observateurs et quelques figurants
occupent le terrain, s'empressant de se retirer dès qu'arrive
le déluge de notre artillerie;
puis à quelques centaines de mètres en arrière,
sur la contre-pente, des armes collectives, sous casemates à
l'épreuve des obus de 105, prennent à partie les
assaillants;
enfin plus en arrière, des unités, au repos dans
des abris enterrés, mènent au besoin des contre-attaques
vers le sommet, tout en étant appuyées par l'artillerie
et les mortiers.
En outre, elle utilise massivement les mines, n'hésite
pas à contre-attaquer avec de gros effectifs, unités
de Panzer grenadier, de Panzer…, et afin de freiner
considérablement toute progression, réalise des
destructions systématiques le long des itinéraires.
Enfin, elle dispose d'une artillerie particulièrement
active, qui met en oeuvre différents matériels
dont les tirs sont très meurtriers : beaucoup de mortiers,
des nebelwerfers, des canons de 105, de 150 et même deux
canons de 280 sur rail.
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Artillerie
allemande - Canon de 150 Sfh 18.
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| Etat de l'Artillerie Française.
Pour les troupes du C.E.F 1, c'est l'espoir
de la revanche. Instruite en Afrique du Nord,
l'Artillerie Française vient d'être rééquipée
avec des matériels américains.
Ainsi à Naples, du 18 novembre 1943 au 17 juin 1944,
débarquent les unités que sont :
les 40ème et 41ème G.C.F.T.A.
- Groupes coloniaux de F.T.A.
le 63ème, 64ème, 67ème,
69ème R.A.A. - Régiments
d'Artillerie d'Afrique.
les 17ème, 23ème, 32ème,
33ème, 34ème G.F.T.A.
- Groupes autonomes de F.T.A.
1 batterie de Canonniers marins,
le R.A.C.L. - Régiment d'Artillerie
Colonial du Levant.
le 21ème G.A.F.T.A. - Groupe
Antillais de F.T.A.
le 1er R.A. des F.F.L. - Régiment
d'Artillerie des Forces Françaises Libres.
Par ailleurs chaque régiment de Tirailleurs nord-africains
dispose organiquement d'une Compagnie de Canon d'Infanterie
(C.C.I.) qui lui permet d'appuyer ses compagnies de combat.
La C.C.I. est alors commandée par un officier d'artillerie
et comprend six pièces de l'obusier de 105 Hm3 pouvant
tirer à huit kilomètres.
Ainsi les feux particulièrement efficaces des 63ème,
64ème, et 67ème R.A.A.
permettent de s'emparer successivement des régions
montagneuses de San Michèle - Castelnuovo - Rotondo
- La Mainarde - Costa San Piétro - Le Pantano - Munna
Cavale, enfin du Belvédère, puis d'entamer
la Ligne GUSTAV ; des prisonniers allemands le confirmeront
: "Vous avez une artillerie
comme l'on en n'a jamais vu, c'est plus dur ici qu'à
Stalingrad."
Aux cotés des alliés, l'artillerie française
qui démontre sa puissance est désormais jugée
indispensable pour le succès
des opérations futures.
Articulation de l'Artillerie du C.E.F. dans la bataille
du Garigliano.
Les Artilleries Divisionnaires
Sur les 4 divisions du C.E.F., 3 divisions sont mises sur
pied selon le type américain. Elles disposent ainsi
chacune d'un régiment d'Artillerie à groupes
d'artillerie motorisée de campagne, chacun d'eux formant
corps. Les 3 premiers groupes sont armés d'obusiers
U.S. de 105 Hm2, le quatrième d'obusiers français
de 155 court Schneider.
Ainsi, trouvons-nous :
les groupes du 1er Régiment d'Artillerie
des F.F.Libres à la 1ère D.F.L., devenue 1ère
Division de Marche d'Infanterie (D.M.I.)
les groupes du 63ème Régiment d'Artillerie
d'Afrique à la 2ème D.I.M.
les groupes du 67ème Régiment d'Artillerie
d'Afrique à la 3ème D.I.A.
Quant à la dernière division du corps expéditionnaire,
la 4ème Division Marocaine de Montagne, elle dispose
du 69ème Régiment d'Artillerie d'Afrique
constitué de 3 groupes de 75 montés sur bât
de mulet.
L'artillerie antiaérienne compte 1 groupe armé
de 40 Bofors par division :
le 21ème Groupe Colonial Antillais de D.C.A.
à la 1ère D.F.L.
le 41ème Groupe Colonial de D.C.A. à
la 2ème D.I.M.
le 37ème Groupe de F.T.A. à la 3ème
D.I.A.
le 33ème Groupe de F.T.A. à la 4ème
D.M.M.
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Pièce
de 40 Bofors protégeant un pont.
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| L'Artillerie de réserve
générale
Elle comprend :
le 64ème Régiment d'Artillerie d'Afrique avec
3 groupes d'obusiers de 105,
le Régiment d'Artillerie Coloniale du Levant - R.A.C.L.
- à 2 groupes de 155 long gun,
le 1er Groupe de canonniers marins avec la 1ère batterie
dotée de 155 G.P.Filloux, et la 2ème batterie
constituée en batterie de repérage.
En outre le C.E.F. a sous ses ordres les 6 groupes
lourds de la 13ème Brigade d'Artillerie
Américaine équipés des calibres de 155
mm, 203 mm, 240 mm. Il s'agit des six "Field Artillery
Battalions" : 1/17 F.A.B., 1/178 F.A.B., 630
F.A.B.,
939 F.A.B.
En plus le C.E.F. dispose des feux de 4 groupes lourds du
194ème groupement U. S. que sont les 633 F.A.B., 698
F.A.B., 995 F.A.B. Quant à l'artillerie antiaérienne
de réserve générale, elle aligne trois
groupes de 40 Bofors :
le 40ème groupe Colonial de D.C.A.,
le 32ème groupe de F.T.A.,
le 34ème groupe de F.T.A..
Pour les 17ème et 23ème
groupes de F.T.A. qui font également partie du C.E.F.
arrivant ultérieurement en Italie, ils ne seront pas
engagés dans la bataille du Garigliano.
L'aviation d'observation d'artillerie
Des sections d'observation aérienne d'artillerie,
comprenant chacune deux avions appelés "Piper-Cub",
appartiennent organiquement à chaque groupe et à
chaque état-major de régiment.
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Piper cub en mission de reconnaissance
au dessus du champ de bataille
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63 ème RAA - Equipe
de préparation des tirs - ER SCR-609-A et poste EE8.
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| Emploi de l'artillerie
L'artillerie française est employée avec une
extrême souplesse, centralisée pour les actions
de rupture, décentralisée au profit des unités
de contact dans les exploitations. A tout moment, elle est
en mesure de regrouper ses feux contre les durcissements de
la défense ennemie. Cette grande adaptabilité
lui permettra de jouer un rôle décisif dans la
bataille du Garigliano.
Sa maniabilité repose sur une organisation du commandement
et des transmissions réalisées à partir
de nouveaux postes radio à modulation de fréquence,
préréglés, insensibles aux cahots, faciles
à utiliser, légers et peu encombrants. Ainsi,
la liaison avec l'infanterie et les chars peut enfin être
résolue facilement.
Les plans de feux des divisions comportent des tirs prévus
à l'horaire et des tirs à la demande pour lesquels
de nombreuses concentrations ont été préparées,
certaines avec plusieurs artilleries divisionnaires.
L'artillerie lourde de corps d'armée est consacrée
aux missions :
de contre batterie,
d'interdiction,
de harcèlement.
Trois types de neutralisation sont prévus :
à l'heure H pendant 40 minutes,
à l'heure H + 2 heures, pendant 30 minutes,
à l'heure H + 4 heures, pendant 30 minutes.
L'Artillerie dans la bataille.
Aux fins de permettre à la 8ème Armée
britannique de franchir le Rapido par surprise, l'attaque
a lieu le 11 mai à 23 heures, sans aucune préparation
d'artillerie. Ce n'est qu'au moment du débouché,
que le tonnerre de l'artillerie se déclenche sur tout
le front, ainsi sept régiments d'artillerie de campagne
et neuf groupes d'artillerie antiaérienne sont jetés
dans la mêlée
A la même minute, l'infanterie attaque. La réaction
de l'artillerie allemande est faible, mais l'infanterie française
se heurte à une résistance acharnée de
l'ennemi. Le 12 au soir, malgré deux succès
locaux, la prise du village de Castelforte par la 3ème
Division Algérienne et l'occupation du mont Faito par
la 2e Division Marocaine, c'est l'ECHEC en raison de l'absence
de préparation d'artillerie.
Le Général Juin, renseigné sur la faiblesse
des réserves stratégiques allemandes, décide
de briser immédiatement la résistance ennemie
et de reprendre l'attaque dès le lendemain. II exige
du commandement allié qu'on le laisse manœuvrer
à sa guise les feux de son artillerie.
A cet effet, l'effort principal, toujours confié à
la 2ème Division marocaine, sera décomposé
en deux actions décalées dans le temps :
la première sur l'axe Cerasola - Girofano,
la seconde sur l'axe Faito - Majo.
Chacune de ces attaques sera précédée
d'une puissante préparation d'artillerie de 45 minutes,
exécutée sur 600 mètres de front par
44 batteries de 105 et 28 batteries de 155, soit les feux
d'une pièce d'artillerie pour 2,70 m de front de l'objectif.
L'attaque débouche à 4 heures. Cette fois le
Cerasola est nettoyé, le Girofano le sera vers 14 heures.
La deuxième action est déclenchée à
10 heures. Vers 15 h 30, un drapeau français flotte
au sommet du mont Majo.
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4ème pièce de la 9 ème batterie
du III-63 ème R.A.A.
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Pièce de 105 Hm2 en batterie.
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Approvisionnement en munitions
au profit d'une batterie de 105 Hm2
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155 gun en batterie devant
Acquafondata.
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1er groupe R.A.C.L
- Nettoyage du tube d'une pièce de 155 gun.
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Pièce de 155 gun en batterie.
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GMC 352 - La boue liquide
et visqueuse gène considérablement les ravitaillements.
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Camion "Mack" - 6x6 - 7,5
tonnes - tracteur des pièces de 155 & 240 mm.
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Déplacement d'une batterie
de 105 Hm2 derrière GMC 352.
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| La ligne Gustav est rompue.
Les Allemands décrochent. La puissance terrifiante des
feux de l'artillerie ouvre aux Britanniques la route de Rome.
L'attaque en puissance a donc réussi. 206
000 coups de canon ont été tirés par le
C.E.F. pendant 48 heures. Le chargeur de chaque pièce
a manipulé plus de 1000 obus, soit plus de 20 tonnes
d'acier.
Sans masquer la valeur et le sacrifice de l'infanterie et
des chars, la bataille du Garigliano est pour l'artillerie
française une des plus belles pages de gloire de son
histoire.
Les enseignements.
Puissance de feu : Le feu fut l'élément
décisif de la manœuvre. Ce n'est que grâce
à la puissance de feu de son artillerie que, le 13
mai, le Général Juin brise la ligne Gustav.
La planification : Le succès de l'attaque reposait
sur une planification méticuleuse des feux avant l'engagement
et au cours de la bataille. Cette préparation à
base de feux massifs devint indispensable pour permettre à
l'infanterie et aux chars de combattre avec toutes chances
de succès.
Souplesse : C'est de son organisation rationnelle et
de la puissance de ses moyens de transmission que l'artillerie
tira sa souplesse pour concentrer ses trajectoires et diversifier
ses effets en fonction de la situation. A titre d'exemple,
à l'est d'Esperia un observateur à bord d'un
piper-cub de l'artillerie de la 3ème D.I.A.
put à lui seul concentrer le feu de plusieurs groupes
d'artillerie et détruire entièrement une forte
colonne de véhicules blindés et motorisés.
Renseignement : L'artillerie du Général
Juin dispose d'importants moyens d'acquisition des objectifs
(encore efficaces de nos jours), repérage par
le son, lueurs, fumées, poussières…, et
de gestion du renseignement. Grâce à la localisation
précise de l'artillerie adverse qu'elle a ainsi traitée,
elle a acquis la suprématie des feux et par là,
la liberté d'action. Ainsi les alliés purent
constater au cours de leur avance que 28 pièces d'artillerie
ennemies étaient détruites sur 59 emplacements
de pièces repérés.
Règles d'emploi : L'attaque du 13 mai fut préparée
avec une application de feux sur la ligne des contacts et
dans la profondeur :
- au contact, pour neutraliser les résistances immédiates
et permettre aux fantassins et aux cavaliers de s'élancer
et de conquérir leurs objectifs ;
- dans la profondeur, pour détruire les moyens feux
de l'adversaire, ses systèmes de commandement et ses
moyens logistiques. En cours d'action une adaptation permanente
des tirs est opérée en fonction du déroulement
des opérations.
Logistique : La victoire est aussi due à un
effort logistique très important accompli pendant ces
trois journées de combat. En effet, chaque pièce
a tiré en moyenne le chargement
en munitions de 8 camions du type GMC de 2, 5 tonnes,
soit pour la totalité du corps expéditionnaire
l'équivalent de 3200 camions.
Un tel effort réalisé au profit de l'artillerie
a représenté l'essentiel de la manœuvre
logistique.
L'action de l'artillerie du C.E.F. lors de la bataille du
Garigliano préfigure l'emploi qui en sera fait après
le débarquement de la 1ère Armée
française sur les côtes de Provence en août
1944, puis tout au long de la remontée de la vallée
du Rhône jusqu'au cœur de l'Allemagne.
Le plus bel hommage sur la valeur de notre artillerie fut
formulé par le Colonel Handy commandant le 35ème
Groupement d'artillerie américaine :
"L'artillerie
américaine est fière d'être la fille de
l'artillerie française."
On comprend pourquoi des officiers de l'état-major
de la 13eme Brigade d'artillerie américaine demanderont
à suivre les artilleurs français avec lesquels
ils ont combattu et obtiendront de terminer la guerre dans
le cadre de la 1ère Armée française,
montrant combien étaient profonds les liens qui unissaient
les artilleurs alliés au C.E.F.
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| 1- C.E.F.,
Corps Expéditionnaire Français |
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