1918, "Human statue of Liberty" et les autres.



Une fois encore, au détour d'archives, une photo nous interpelle ; inattendue, surprenante, celle d'une "Statue de la Liberté" humaine, et si son examen attentif nous force à nous remémorer les collaborations franco-étasuniennes, il nous porte à nous souvenir que la contribution des troupes américaines à la libération de notre sol n'est point limitée aux conflits d'une seconde guerre mondiale plus présents en nos esprits.

Dans une France défaite par la guerre de 1870, revancharde, face en 1882 à la "Triple alliance" - celle de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie qui se coalisent contre nous, elle est Inaugurée le 28 octobre 1886, et résulte de l'idée du politicien et historien Ed. Lefebvre de Laboulaye d'un présent gage de l'amitié franco-américaine et du centenaire de la déclaration d'indépendance américaine.

Financé par une souscription publique des deux pays, la réalisation de ce " cadeau" est confiée à Auguste Bartoldi. S'il choisit comme modèle son épouse, il laisse courir le bruit qu'il a donné au visage de la statue les traits de sa mère. Avec la collaboration de Gustave Eiffel pour la charpente-structure interne, elle tient une tablette ou l'on peut lire "July 4th, 1776.", date de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis. Sur son piédestal, un poème d'Emma Lazarus s'adresse alors aux millions d'émigrants qui débarquent à Ellis Island et pour lesquels elle figure l'espoir d'une vie meilleure :

Donnez-moi vos pauvres, vos exténués
qui en rangs serrés aspirent à vivre libres,
le rebut de tes rivages surpeuplés,
envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m'apporte,
de ma lumière, j'éclaire la porte d'or !

Erigée devant New York, à l'embouchure de l'Udson, sur le site de Bedloe's Island,
futur Liberty Island, la "Statue de la Liberté", d'un poids de 225 tonnes,
d'une hauteur totale de 93 m. dont 48 pour la statue, forte de 354 marches

3 août 1914, la guerre éclate. Le Président des États-Unis, Woodrow Wilson souhaite alors observer une stricte neutralité et maintenir l'unité nationale d'un pays dont un habitant sur quatre est né à l'étranger ou de parents originaires des deux blocs antagonistes. En septembre de la même année les Américains déclarent : "Nous n'avons rien à faire dans cette guerre, ses causes ne nous regardent pas.". Mais au début de 1917 les provocations allemandes viennent à bout de l'espoir par eux nourri d'un rétablissement de la paix par la négociation.

Ainsi, le 13 juin 1917, 177 Américains, dont le général John Pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire, et le lieutenant Patton, débarquent à Boulogne-sur-mer dans la liesse populaire. "Avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l'Ouest américain, ils apportaient une note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre". Le 28 juin suivant, à Saint-Nazaire, c'est le tour de la 1th D.I. U.S. Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, au cimetière de Picpus, devant la tombe du marquis de La Fayette, le colonel Stanton lance "La Fayette nous voilà !"

Ainsi en moins de 18 mois, les Américains amèneront sur notre sol plus de deux millions de soldats, des tonnes de matériels, de munitions, de ravitaillement de toutes sortes…, et laisseront 117.000 des leurs.

La photo.

Intitulée "Human statue of Liberty", cette photo fut prise en 1918, au camp Dodge, dans l'Iowa,
18 000 soldats américains y participent avant de partir pour la France,
combien sur celle-ci n'en revinrent pas et reposent dans un cimetière en France ?

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"War bonds" et autres statues humaines.

Lors de la Première guerre mondiale, pour financer et soutenir son "effort de guerre" ses opérations militaires, générer des capitaux…, le gouvernement des Etats Unis met en vente des "War bonds", titres obligataires, qui pour être accessibles par tous les citoyens sont alors disponibles sous maintes acceptions.

Autre aspect de la chose, non le moindre, dans une économie libérale, en retirant ainsi jusqu'à la guerre terminée l'argent destiné à la consommation courante, cette disposition contrarie et perturbe l'inéluctable inflation du temps de guerre.

Ainsi, pour impliquer les citoyens, les exhorter à acheter ces "War bonds", appels à patriotisme et conscience sont développés.

 

Dans le cadre de cette campagne de promotion - vente, rejoignant en cela celui de l'"Human statue of Liberty", de nombreux autres semblables projets patriotiques sont alors formés.

Pour l'un d'eux, majoritairement, les photographes Arthur S. Mole et John D. Thomas voyagent alors d'un camp militaire à l'autre, passent des jours à préparation prennent du haut d'une tour de 70 à 80 pieds photos de ces milliers de soldats agglutinés en de gigantesques symboles patriotiques, tels l'effigie du président Woodrow Wilson, l'"American Eagle", la "Liberty Bell"

U.S. Naval Training Station - Great Lakes - Illinois.

 

U.S. Army - Aigle américain - Camp Gordon - Atlanta - Georgia.

U.S. shield - 30 000 soldats - Camp Custer - Battle Creek - Michigan

Emblem of the United States Marines
9 000 marines - Paris Island - South Carolina.

25 000 soldats - Camp Dix - New Jersey.

"Sincerely yours" - president Woodrow Wilson.
21 000 soldats - Camp Sherman - Chillicothe - Ohio.

"Uncle Sam" - 19 000 soldats - Camp Lee - VA

"Machine Gun" - 22 500 soldats et 600 "machine guns".
Machine Gun Training Center - Camp Hancock - Augusta - Ga.

Insignia of the 27th Division "New York's Own".
10 000 soldats - Breakers of the Hinderburg Line.

Aujourd'hui, ces photos sont conservées à la "Chicago Historical Society", au "Museum of Modern Art" et la "Bibliothèque du Congrès".

Serge Pivot.