Un "V-2", c'était vraiment gros !



A la Libération, le matériel des forces de l'Axe était assez sérieusement récupéré par les alliés, répertorié, parqué dans de nombreux lieux de stockage. Certains, parmi les moins ordinaires, étaient même rapidement expédiés aux U.S.A. pour expertise et évaluation.

Voici quelques années - les anciens du M.V.C.G. s'en souviendront peut-être - un article dans la Lettre avait été consacré à la récupération d'un char "TIGRE" dans les Ardennes en 44-45 : l'engin, pratiquement neuf, avait été abandonné par son équipage car…, les chenilles avaient gelé dans le sol et le monstre ne pouvait plus bouger ! A l'époque, le service du matériel de l'U.S. Army avait, faute de mieux, utilisé une remorque Rodgers et un Diamond M-20 pour l'évacuation vers le port le plus proche : ce fut épique vu la largeur et le poids du "prisonnier" qui fit éclater pratiquement tous les pneus l'un après l'autre ! La vitesse moyenne de l'ensemble fut inférieure au pas de l'homme, c'est tout dire.

Sur cette photo de la même époque, c'est encore la classique remorque à 24 roues qui a été mise à contribution pour évacuer la dernière arme secrète de l'état-major allemand : la fusée V2 qui venait de succéder au V-1, la bombe volante qui fit tant de dégâts en Angleterre.

Cette fusée, ancêtre de ce qui allait suivre à Cap-Canaveral ou à Baïkonour, était signée Werner von Braun, "recyclée" ensuite aux USA pour la course à l'espace.

Au fond de la photo, on devine la haute silhouette d'un Tigre et les deux soldats après le chargement de la fusée, ont posé pour la photo de manière décontractée. Ce qu'il faut surtout retenir, c'est l'échelle : la Rodgers transportait beaucoup de chars Sherman qui étaient grosso modo de la même longueur que la bâche derrière les soldats, juste un peu plus hauts.

Comparez donc avec la taille de la fusée qui, au départ, a déjà vu son ogive démontée : bien que raccourcie et déportée vers l'avant, elle dépasse de plusieurs mètres à l'arrière de la remorque. Impressionnant pour 1944 : on a rarement vu des images pouvant comparer, en position horizontale, la taille du V-2 avec un objet connu.

Jean-Pierre Dardinier.