"L'oncle SAM" reconnaîtra bien les siennes !


Prologue.

Loin de nous la simple idée d'un dossier de plus quant à la "Jeep". Depuis des décennies, avec des fortunes diverses, d'autres le firent et le font encore, mais "fédéralement", nous nous devions pour le moins de lui consacrer quelques lignes.


 


Willys MB, Ford GPW, Hotchkiss M201…, dans n'importe quelle concentration de véhicules militaires de collection, il est manifeste qu'il est quasiment impossible de découvrir une jeep qui soit à 100 % d'origine, c'est à dire avec toutes ses pièces provenant d'un même constructeur - voir notre dossier "Salade de jeeps" - ainsi peut-on aisément comprendre la perplexité du collectionneur devant une jeep métissée dont les roues connurent le sable d'Omaha, le pont arrière la plaine des Jarres, la boite de transfert la Grande Kabylie, et des phares et un radiateur qui ne sont jamais sortis de la France métropolitaine…

Encore heureux, - les pièces étant presque toutes interchangeables - si la cannibalisation n'a eu lieu qu'entre une Willys et une Ford, sans qu'interviennent celles réalisées après guerre pour la Hotchkiss M 201; et plus près de nous celles, complètes ou partielles, fabriquées aux Philippines, au Japon, et même en France…, et sur lesquelles il convient de "jeter un voile pudique".

Il faut cependant l'admettre, les éléments français estampillés WOF sont les plus résistants - meilleurs que les américains, parfaitement !

C'est pourquoi les détails de la présente "petite étude" n'ont point la prétention de constituer une liste exhaustive des moyens de distinction entre les éléments, ni même d'être absolument formels, les renseignements ici donnés sont tout bonnement a verser aux dossiers et publications devancières sur le sujet.

C'est ainsi et pour ce faire que nous vous proposons trois niveaux d'observation :

le premier, celui des différences visibles au "premier coup d'œil",
le second, celui des différences visibles "en se baissant",
le troisième, celui des différences visibles avec la jeep "démontée ou sur un pont élévateur".

Au premier coup d'œil.

Autour du capot et dessous.

Capots : Ceux de la Willys et de la Ford sont équipés de butoirs destinés à recevoir le pare-brise en position rabattue, butoirs en bois d'où dépasse légèrement une sangle en web fixée dans une rainure.

La Hotchkiss, quant à elle, possède un capot lisse - infimement plus long de 35 mm - et les deux arceaux-butoirs sont fixés sur le montant supérieur du pare-brise. Si le capot américain, renforcé par une entretoise en sa partie avant est rigide, en contrepartie celui de la Hotchkiss en manque, et nécessite l'utilisation des deux mains pour le manipuler.

Accessoirement, l'intérieur de certains capots américains comporte un porte-document en tôle destiné à recevoir le schéma de graissage de la jeep et de sa remorque, et les attaches d'une pompe à graisse.

Toujours chez Hotchkiss, placée sous la charnière de capot, une gouttière de récupération des eaux de pluie évite bien des désagréments.

Aile droite : Chez ce même constructeur, contrairement aux jeeps américaines, l'aile droite interne ne porte pas de supports pour le régulateur, mais celle de gauche des 24 volts offre la base de la fixation du filtre à air.

Black-out : Enfin, chez Hotchkiss, si le projecteur de black-out des 24 volts est en forme de "bec de canard", et que ceux de moindre tension sont du type US mais de marque Marchal, la coque des phares quant-à-elle est en forme de casserole.

La suspension.

Par ressort de dix lames à l'avant et de onze à l'arrière chez Hotchkiss, alors que les jeeps américaines en comptent huit à l'avant et neuf à l'arrière. L'acier constitutif de ces lames - cause de bien des affaissements de suspensions chargées - est bien meilleur chez Hotchkiss.

Deux exceptions toutefois, le renforcement de la suspension de certaines Hotchkiss lance-engins, par des ressorts arrières à boudin, impliquant l'inclinaison des amortisseurs sur l'avant, ou Sahara avec deux lames supplémentaires a l'arrière.

Les essuie-glace.

Les premières Willys et Ford n'avaient que deux balais à commande manuelle, balais reliés par une tringlerie, solution simple s'il en est, mais peu pratique sous pluies diluviennes, ou feu ennemi.

A partir de 1943, elles reçoivent des essuie-glace à dépression, système paraît-il ingénieux, jouant avec les nerfs du conducteur, et pour cause, plus le moteur est sollicité en accélération, moins il y à de dépression…, et moins vite les essuie-glace balaient…, nos amis de Suisse disent "plus tu pédales moins vite, moins tu avances plus doucement, aussi merci pour les montées sous la pluie.

La Hotchkiss a heureusement reçu un moteur électrique central commandant les deux essuie-glace, moteur dont l'alimentation s'effectue ingénieusement par l'entremise d'un contact situé sur la gauche du pare-brise, et sur le dessus, une protection métallique met ce moteur et la tringlerie à l'abri de la pluie.

Le Volant.

C'est généralement l'identification la plus aisée.

Celui avec de fines branches en métal est Willys, celui en synthétique vert olive, moulé, plus épais, est Ford et a servi sur de premières Willys, quant à celui en synthétique noir, plus volumineux, Hotchkiss est son nom.

Le tableau de bord.

Chez nos trois fabricants les commandes sont pratiquement identiques, hélas trop souvent cannibalisées ou additionnées d'éléments de la société civile - clé de contact, bouton de démarreur, commande de clignotants…etc. -

L'éclairage du tableau de bord - black-out oblige - est assuré par de petites lampes, qui couvertes d'un dôme en métal, voire d'une allonge, ne laisse filtrer qu'un mince rai.

Trois plaquettes d'instructions y sont rivées - - et non vissées - sur les premières Willys MB, puis par la suite sur le couvercle de la boite à gants, et si la M201 n'en possède qu'une, ces plaquettes peuvent aujourd'hui être obtenues en copies plus ou moins fidèles.

Un autre détail distingue Willys et Ford, la présence ou non d'une encoche rectangulaire au centre du rebord du tablier qui emprisonne le dessus du tableau de bord, la Hotchkiss pour sa part en est dépourvue.

Les renforts latéraux.

L'un des premiers soucis du "bidouilleur", la modification des dits renforts qui situés à l'intérieur, verticalement, de chaque coté de la caisse, comportent sur le montant postérieur, un profil arrondi chez Willys et Ford, anguleux chez Hotchkiss.

Coffres arrières latéraux & boutons d'ouverture.

C'est également l'une des différences qui sautent aux yeux, le bouton est logé dans un creux circulaire chez Willys, et rectangulaire chez Ford et Hotchkiss.

Coffres arrières latéraux & couvercle.

Résolument lisse et plat chez Willys, il s'orne d'un emboutissage sur son pourtour et d'un cercle central chez Ford.

Support de la roue de secours.

Assujetti à la carrosserie chez Willys et Hotchkiss, il comporte une fixation à deux écrous renforcée par une rondelle de métal et une console inférieure, console qui fixée séparément, a comme fonction principale de reprendre le poids de la roue.

Chez Ford, à la base, ni rondelle facile à égarer, ni console, uniquement une fixation à trois écrous.

Moyeux avant et arrière.

Crénelés et quasi étoilés à l'avant chez Willys et Ford, ils sont parfaitement cylindriques chez Hotchkiss.

Jantes.

Employés indifféremment par Willys et Ford, deux modèles américains existent, le premier, celui de la célèbre "jante de combat", démontable en trois éléments, le second, celui d'une jante non démontable, avec le centre légèrement conique.

Quant à la jante Hotchkiss, parfaitement plate, non démontable, déclinée en plusieurs modèles, dont un avec des orifices sur tout le pourtour.

Boutons-pression des demi-portes.

En examinant la carrosserie, aux fins de recevoir une toile en demi-lune faisant office de "porte basse", l'on remarque que les américaines présentent des boutons-pression sur le pourtour de l'échancrure d'accès aux places avant.

La Hotchkiss pour sa part ne comporte point de pressions, et conséquemment les trous correspondants.

Baissons-nous un peu.

Traverse du radiateur.

Située à l'avant du châssis, à la base du radiateur, c'est un gros tube rond soudé aux longerons du châssis chez Willys et Hotchkiss, mais à contrario une poutre rectangulaire et boulonnée chez Ford.

Renfort de longeron avant.

La partie avant du châssis qui prolonge ses longerons vers le pare-chocs, porte dans le creux de la poutre un renfort rectangulaire - amélioration Made in France visible sur les seuls châssis des Hotchkiss sous 24 volts.

Biellette de direction.

Toujours à l'avant du véhicule, si les bras de direction sont légèrement amincis et plus étroits à leurs extrémités sur les jeeps américaines, ils sont parfaitement cylindriques sur la Hotchkiss.

Plaque de châssis.

Restons à l'avant où la plaque du châssis, en aluminium gravé, chez Willys, figure sur le bras gauche du support de pare-chocs.

Chez Ford, ces chiffres sont gravés sur une plaque en aluminium dissimulée à l'intérieur du châssis, à l'avant ou à l'arrière.

Chez Hotchkiss, ces chiffres quant à eux, sont à même l'acier du châssis :
         - au niveau de la fixation avant du moteur et sur la partie supérieure du longeron gauche pour ce qui concerne le numéro de série,
         - sur la partie supérieure de l'extrémité avant du longeron droit pour le numéro donné par là Défense.

Pneumatiques.

Ceux au profil Military américain sont à créneaux, et si diverses copies existent, le profil français, très différent, est tout aussi reconnaissable que le profil OTAN, héritage des pneus allemands de la seconde guerre.

Insigne de marque embouti.

Les premières Willys et Ford portent l'indication de la firme emboutie sur le panneau arrière gauche, là ou sera ultérieurement fixé un porte-jerrycan. Seul Ford continuera à marquer TOUTES ses pièces du célèbre F.

Support d'antenne.

Les jeeps américaines furent pourvues de plusieurs modèles de support d'antenne, support fixé au niveau du siège avant-gauche dans l'U.S.M.C., à hauteur du passager arrière-gauche ou sur le coin arrière-gauche par ailleurs, disposition également reprise par Hotchkiss dont le support ne porte évidemment plus le "U.S." estampillé.

Sellerie et bâche.

Ces éléments d'époque, généralement remplacés au fil des années, font que l'on n'en trouve plus guère.

Sachons tout de même que les coussins de siège en skaï vert proviennent de l'armée française, que les coussins de toile kaki non garnis de ressorts en zig-zag sont manifestement des copies récentes. En effet, le coussin américain d'époque, plus épais aux fins d'y loger les papiers du véhicule et les cartes routières, comportait des ouvertures avec fermeture-éclair sur trois côtés.

Quant a la bâche, si elle dispose d'une cheminée à l'arrière gauche, d'un système de fixation pour des protections latérales, d'une lunette - fenêtre - arrière soit ovale, soit à angles droits, soit obturée par un matériau transparent, soit traversée dans les deux sens par des sangles en web, soit dotée d'un ajout déroulable pour l'obturer…, et quand "abondance de biens ne nuisant point" elle ne conjugue pas plusieurs de ces possibilités - elle n'est pas conforme à l'origine !

Enfin les américains, fidèles au large bouton-pression, n'ont jamais utilisé les petits fermoirs sur œillet ovale dits "quart de tour", typiques de la sellerie civile européenne.

Rétroviseur.

Monté à gauche sur un bras télescopique, l'unique "petit" rétroviseur extérieur américain est manifestement rond, si le modèle français est plus grand, il est par contre de forme légèrement hexagonale sur les M201 en 24 volts.

Bouchon du réservoir d'essence.

L'américain - sur la jeep, le Dodge, le G.M.C. - est orné d'un motif embouti en forme d'étoile de mer à six branches, le français quant à lui est lisse.

Accessoirement, ceux des premières Willys étaient d'un diamètre plus petit.

Bouchon de remplissage d'huile.

Seules les premières Willys avaient un bouchon - jauge sans verrouillage, mais pour le saisir plus aisément, était muni d'un petit crochet.

Culasse moteur.

Fixée par des boulons sur la Ford GPW et la Hotchkiss M 201, elle l'est par goujons sur la Willys MB.

Installation électrique.

Celle de la jeep américaine est sous tension de 6 volts.

Pour sa part, si Hotchkiss équipe tout d'abord ses jeeps en 6 puis en 12 volts, elle aboutit enfin - OTAN oblige - au 24 volts. Il s'agit alors d'un équipement beaucoup plus soigné, blindé, et la poulie est intelligemment pourvue de deux courroies.

Toujours chez Hotchkiss, dynamo de marque Paris-Rhône, démarreur Ducellier, distributeur SEV avec bobine incorporée et lubrifiée par vapeurs d'huile, contacteur de démarreur au tableau de bord et non plus au pied, complètent cette installation.

Filtre à air.

Chez Willys et Ford celui d'origine est de couleur noire, chez Hotchkiss, kaki avec lettres jaunes.

Démontée ou sur un pont élévateur.

Moteur.

Sur Hotchkiss - le même que le second modèle de moteur Willys, avec distribution par pignons en Céloron au lieu de la chaîne initiale devenant bruyante à l'usure - la culasse est renforcée et nervurée…, l'alimentation en essence est confiée à un carburateur de marque Solex…, la poulie de la pompe à eau est à double gorge…, le tunnel de refroidissement du radiateur est supprimé.

Embrayage.

Si ceux des jeeps américaines possèdent un roulement central, il sera chez Hotchkiss remplacé par une bague en bronze.

Boite de transfert.

A l'instar de la jeep CJ2, celles de chez Hotchkiss possèdent des axes mieux dimensionnés, montés sur galets et non plus sur roulements à aiguilles.

Pont avant.

Chez Hotchkiss, des joints Bendix sans filetage, se trouvent en lieu et place de ceux de marque Rzeppa de nos jeeps américaines.

Reniflard d'huile.

Vertical sur les premiers moteurs, puis plus tard coudé et ramenant l'huile au moteur.

Silent bloc.

Un coup d'œil à la base du moteur sur le silent bloc latéral qui le supporte : ferrure à quatre cotés sur Willys et Ford, simple patte sur la Hotchkiss.

Châssis et triangulation arrière.

Une assez grosse différence existe entre Willys et Ford au niveau de la triangulation de reprise du crochet de remorque ; entretoise transversale sur les châssis Willys et Hotchkiss, mais pas sur ceux de Ford qui comportent des trous régulièrement espacés tout au long de la poutre métallique.

Le crochet de remorque possède quant à lui une goupille de sécurité chez Hotchkiss.

Plaque centrale de support de caisse.

Cette plaque qui sert également de support et de fixation du pedestal mount de la mitrailleuse, est de forme arrondie chez Willys et Hotchkiss, rectangulaire chez Ford.

Ferrures des amortisseurs.

Elles sont de forme carrée chez Willys et Hotchkiss, et arrondies et moulées en forme de cloche chez Ford.

Renfort des goussets de caisse.

Sous le plancher, chez Willys et Ford ces renforts métalliques enferment à l'intérieur des tasseaux en chêne qui se doivent d'éviter l'écrasement des dits renforts au serrage des vis - ce qui accessoirement permet également à ce bois, lorsqu'il est mouillé, de maintenir plus longtemps une humidité relative, propice à la corrosion, expliquant de fait l'origine du quasi pourrissement des caisses U.S.

Hotchkiss en ses M 201, ne tenant point compte de cet aléas, conserve cette disposition, tasseaux qui pour l'anecdote portent référence : Hotchkiss F-HO-60163.

Frein de stationnement.

Frein extérieur implanté en sortie de la boite de transfert ; plus élaboré et plus efficace sur la Ford que sur les autres, il est à bande chez Willys et Hotchkiss, mais à tambour chez Ford.

Trous de fixation pour filtre.

Sous le tableau de bord, à gauche des pieds du passager avant, l'on trouve chez Willys et Ford uniquement, en pré-équipement d'une installation radio, quatre trous avec écrou prisonnier, destinés à la fixation d'un filtre de cet équipement.

Si toutes les jeep américaines comportent ces quatre trous et écrous, toutes n'ont pas été munies de l'installation anti-parasitage, celles qui en étaient pourvues arboraient alors un "S" avant ou après le registration number du capot.

Etc., etc., etc…

Epilogue.

Si la jeep Hotchkiss fut conçue selon les normes alors demandées par l'armée française - c'est à dire comme devant rouler sensiblement 65 000 km sans réparation majeure - pour leur part les américaines, rapidement fabriquées dans l'urgence d'un temps de guerre, le furent pour en parcourir 25 000…

Malgré cela, convenons-en, ce n'était tout de même point de la camelote, puisque aujourd'hui la majorité d'entres-elles roulent encore !

Et pour vraiment conclure.

Si pour le moins nous nous devions de mettre en ligne cette page, répétons-le, cette liste des différences est loin d'être complète, et vous en avez très probablement identifié d'autres - les supports de phares avant, les catadioptres, les attaches du capot… - par exemple ?

C'est pourquoi nous laissons la porte ouverte à celles et ceux qui se voudraient de l'étoffer ?

Pour finir, et pour tester un tant soit peu votre sagacité, en forme de contrôle, vous pouvez voir ci-dessous deux jeeps. Fort des explications ci-avant, il est indéniable qu'il y a une américaine et une française. Celui ou celle qui nous dira laquelle est l'américaine et laquelle est la française - celle de droite, celle de gauche ??? gagnera sans coup férir, considération et estime fédérale.

 


Quelques publications autour du sujet :



"Le Guide de la Jeep" de R. Séjourné & Ch. Chevalet Christophe - E.T.A.I. - 2002

"Rétroviseur" - n° 99 de novembre 1996,
Dossier jeep de B. Leroux, C. Bohère & Ch. Chevalet. *

"Willys MB, Ford GPW, Hotchkiss M 201" - VMI n° 31 de mars 1989
39 différences - de R. Cohen & A. Fine.


et une dernière :

"Willys, Ford, Hotchkiss, spot the differences"
Jeep World n° 22 de juillet 2000 - de M. Askew.

Dossier mis en forme par Serge Pivot.