Les Pinzgauer : originalité et efficacité

La firme autrichienne STEYR n’est pas née d’hier, elle fut connue par d’incassables camions civils et aussi par un certain nombre de véhicules militaires enrôlés dans la Wehrmacht, comme le superbe « typ 1500 A/02 », command-car au nez arrondi, le rarissime « typ 640 » (un 6x6 construit de 1937 à 1941) ou le plus connu « RSO », étrange camionnette à chenilles construite de 1942 à 1945. Quant à la firme PUCH, elle fut surtout connue dans les années cinquante par une série de motocyclettes qui eurent de nombreux amateurs.
Les deux marques fusionnèrent après la guerre, et dans le domaine du véhicule militaire, commencèrent à fabriquer le petit « Haflinger » 4x4 à la fin des années cinquante. Une sorte de fardier à quatre places dont la face avant rappelait un peu le RSO d’autrefois mais avec un moteur 2 cylindres à plat d’origine moto. Cet engin de moins de 700 kg, léger et maniable, fut apprécié en ces pays de montagnes, mais surtout…l’été ! Il était en effet bien découvert, au départ, et il fallut y remédier.
 
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Des performances restant limitées, Steyr-Puch passa donc hardiment à la taille au dessus avec la série des Pinzgauer (une autre race de chevaux, comme les haflinger). Ainsi naquirent à partir de 1971 deux versions à cabine avancée : le 710 à quatre roues motrices, et le 712 à six roues motrices. Esthétiquement, c’est militaire, mais technologiquement c’est assez exceptionnel, toujours pour répondre aux exigences montagnardes. Le moteur, un 2500 cm3  développant 90 hp est refroidi par air, placé au centre, c’est déjà hors norme.
Mais le meilleur ne se voit pas de l’extérieur : il faut se glisser dessous ! Le châssis est une poutre centrale, une technologie déjà utilisée en Europe centrale notamment par l’allemand Tempo et le tchèque Tatra, sur laquelle sont fixés les ponts de style « de Dion », entraînant des roues indépendantes. Et une autre spécialité augmentant la garde au sol : la transmission des cardans vers les roues est du type « portique » avec réduction ,aboutissant non pas au moyeu directement mais en haut de la flasque de tambour avec jeu de pignons vers l’axe de rotation de la roue. Tout cela, avec une boite 5 vitesses et des blocages de différentiel, passe absolument partout en dehors des chemins, et sur la route peut faire un tranquille 110 km/h ! Ce qui est méritoire pour des engins à charge utile intéressante.

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Les « Pinz » ont fait le bonheur pendant des lustres de l’armée suisse, et à leur réforme (dans un état…suisse, cela va sans dire !) ces surplus se sont vendus cher aux connaisseurs et aux spécialistes : on en trouve sur le marché, mais à un prix respectable, car les amateurs de raids les recherchent pour leur efficace robustesse.  Heureusement, ils ne vont pas tous dans le Hoggar ou l’Himalaya, certains collectionneurs s’y intéressent aussi, malgré l’écueil financier.
Et la graine n’est pas morte : les commandos de sa majesté en sont désormais équipés, on en a vu sur la route de Bassorah. Ils remplacent les Land « FC » (cabine avancée) atteints par la limite d’âge : il faut préciser cependant que les « Pinz » sont désormais fabriqués… en Grande-Bretagne avec un nouveau museau pour les rajeunir.