"Au fil de l'haut."

"J'ai été battu par les troupes de montagne françaises." - Maréchal Kesselring.

"Il n'est pas de combats que dans les plaines". Si la loi de 1888 officialise la mise sur pieds des "groupes alpins", et que l'on ne prête paraît-il qu'aux riches, c'est au marquis de Vauban que l'on consent le stratégique axiome "Qui tient les hauts, tiens les bas", concept qui perdurera jusqu'à ce que ne s'en viennent le distraire l'artillerie à tir "défilé", puis les premiers aéronefs et leurs dérangeantes "bombinettes".

Les "hauts", soit ! Aux armées comme en la vie civile l'on ne s'improvise montagnard, et si pour partie de l'infanterie les combats de montagne sont spécifiques, pour l'artillerie, encore faut-il qu'elle puisse "y porter ses feux" le plus haut possible, sur le pire terrain, de surcroît en toutes saisons !

Seconde guerre mondiale, 1943-44, campagne d'Italie…, en lice des divisions de montagne, d'une part celle étasunienne qu'est la 10th moutain division, infanterie et canons de 105 et 155 à traction mécanisée…, d'autre part, au sein du Corps Expéditionnaire Français du général Juin, quatre divisions.

Si les trois premières, mises sur pieds et instruites à l'américaine en Afrique du Nord, disposent chacune d'un régiment à groupes d'artillerie motorisée de campagne, la dernière, aux ordres du général Sevez, la 4ème D.M.M. - Division Marocaine de Montagne - hétéroclite en diable, a cependant conservée ses matériels français, un train muletier, le "Royal brêle force", ou brêles, mulets et miaules sont bâtés de 75 et mortiers de 81mm.

Résultat, c'est elle qui "perce", ouvre le chemin de Rome, première capitale tombée aux mains des alliés, y défile le 15 juin 1944, puis poursuivant l'allemand, enlève San Gimignano, Certaldo, et Castelfiorentino…

Pourtant, dans ses "fontes" la 10th moutain division dispose d'un équipement que très peu connaissent ?

A l'instar de ce qu'en France, pendant l'entre deux-guerres, l'artillerie de montagne développe pour ses pièces loties sous le vocable de "Traîneau Gielly", pour leur 105 Hm2, nos américains ont conçu un attelage en forme de "catamaran des neiges", assujettissant la dite pièce indivise à un "skid" aux larges spatules. La quasi méconnaissance de cet accessoire, l'absence de photos…, résident en sa non-utilisation.

Ordinairement conçu pour être tiré par un mulet, lorsque la neige est profonde,
les servants prennent le relais "à la bricole", ainsi, le 2 mars 1938,
sous des conditions météo déplorables, aux ordres de l'ADC Gielly,
une quarantaine d'artilleurs du 93 RAM hissent ainsi deux pièces de 75 Schneider Mle 1919 / 28
au sommet de la Croix de Chamrousse - 2253 m.

Il en est autrement en la 27ème D.I.A. - Division d'Infanterie Alpine - reconstituée dans l'immédiat après-guerre ; et son régiment d'artillerie de montagne, le 93ème R.A.Montagne qui l'adopte.

Ultime témoignage et survivance de cet édifiant "équipage",
cet inhabituel attelage lors de l'une de nos prestations en son actuel quartier.

Et de conclure par cet adage dévoyé,
"Qu'importe le flocon, pourvu qu'on ait l'Everest !".

Serge Pivot.


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