Packard quant tu nous tiens !


Quant Packard faisait la guerre.


"Packard", si de notre coté de l'Atlantique et dans l'imaginaire collectif le nom de ce constructeur de Detroit, ordinairement attaché à celui d'incommensurables automobiles de prestige, coûteuses mais de fabrication soignée - berlines, coupés, cabriolets, clippers…, aux impressionnants mais silencieux moteurs à six, huit et douze cylindres - en 1912 il construit la première V12 du monde -, dans l'industrie automobile américaine, il est et reste pendant plus d'un demi-siècle synonyme de qualité, les "Rolls Royce" d'alors disait-on.

Mais qui aujourd'hui, dans le microcosme des collectionneurs de véhicules militaires, hormis quelques inconditionnels de la marque, connaît exactement la part prépondérante de ce motoriste d'exception dans l'effort de guerre états-uniens lors du second conflit mondial ? le dossier ci-après se propose de le rapporter succinctement.

Les "Staff cars".

Début 1940, alors que la guerre fait rage en Europe, il est manifeste qu'à terme les Etats Unis s'y impliqueront, sinon par les hommes, par les matériels, et si comme toutes les armées du monde - pour assurer ses liaisons de commandement - l'U.S. Army possède un parc assez important de voitures automobiles, après Pearl Harbour, l'entrée en guerre nécessite bien évidemment l'acquisition rapide de dizaines de milliers d'autres.

Pour satisfaire à ce besoin, trois ressources sont alors mises à contribution : la réquisition, qui même limitée sera usitée, l'achat direct chez les concessionnaires de 29 000 berlines stockées après l'arrêt des fabrications de février 1942, et l'achat chez les constructeurs.

Dans un tel contexte, d'autant que l'on achète majoritairement ce qui est disponible, aucune standardisation est possible, c'est pourquoi l'U.S. Army opte de classer ses voitures en :

Light Field Sedan, celles à carrosserie quatre portes et cinq passagers,
Medium Field Sedan, celles à carrosserie quatre portes et sept passagers, ou l'on dénombre les premières Packard,

Heavy Field Sedan, celles à carrosserie à quatre portes, cinq ou sept passagers, série en laquelle se trouve majorité des Packard 160, 180, 190 et 2000, de même que des Clipper Custom,
Light and Medium Station wagon, avec à la base des Field Sedan à sept places et caisse allongée appelé "Limousine", ou "Bus Sedan Converted", acquis dans l'industrie et comme devant répondrent à deux cahiers des charges, le MCM17 pour les Light Sedan, et le MCM18 pour les Medium Sedan, et leurs contractuelles impositions :

  - peinture de la caisse en couleur standard vert olive drab, y compris les chromes, exceptions faites pour les voitures des officiers généraux de haut rang aux Etats-Unis ou ceux affectés dans des missions diplomatiques, peintes en noir,
- en remplacement des feux civils, le montage de feux de black-out à l'avant et à l'arrière, un blindage de l'allumage, des pare-chocs renforcés, un extincteur, parfois un râtelier d'armes, voire l'air conditionné.

 

Si les années modèles sont : 1940, 1941, 1942 et parfois même 1943 pour Packard, les Heavy Field Sedan, correspondent à la classe des berlines ou limousines de luxe réservées aux officiers généraux.

C'est ainsi que pendant cette période, le constructeur qu'est Packard s'intéresse à cette fourniture, et que sans attendre, dès 1941, des voitures de sa gamme civile, à quatre portes et du modèle "One sixty eight", reçoivent leurs plaques militaires sans pour autant être peintes de couleur olive drab.

S'il faut en fait attendre 1942 pour que ces staff cars soient systématiquement sous registration number et peinture olive drab, et si la notification standard précise qu'il en soit de même pour les chromes, pare-chocs, hubcaps, black-out…, une exception y est toutefois faite pour celui à destination du général Ch. de Gaulle, car chose fort peu connue, il se déplaça en Packard.

13 août 1944 - Quartier général en France, les généraux Omar Bradley, et appuyé à son staff car Packard, Dwight D. Eisenhower.
Septembre 1944. Après avoir passé les troupes en revue, précédé de deux motards de la Prévôté sur Indian 500 cm3 - brassard "P" - police militaire française d'ordinaire si discrète, le général Charles de Gaulle, à bord de sa Packard, quitte Maîche - Doubs.
Les généraux français Goislard de Monsabert et Augustin Léon Guillaume arrivent à la
100th Infantry Division, près de Goppingen, Allemagne. Dans le fond, l'on distingue des staff cars Mercedes sous peinture olive drab, étoiles et registration number états-uniens
Le Général Lucius Truscott appuyé à son staff car Packard.


L'U.S. Army achète également des "Airport Limousine", véhicules saucissonnesques obtenus par le rallongement de l'empattement, l'adaptation de quatre portes de chaque coté et de quatre glaces…, permettant le transport simultané d'une vingtaine de passagers, c'est ainsi que 100 des 487 Clipper utilisés par l'U.S. Army sont transformés.
1941 - alors que sous couvert du projet "Mahattan" les Etats-unis travaillent à celui de la première bombe atomique, à l'instigation de l'Ordnance departement, pour accueillir 15 personnes et transporter depuis la gare de Lamy-Santa Fe au Nouveau Mexique jusqu'à la base secrète "Atomic City" distante de 80 kilomètres, au pied du mât des couleurs, cette Packard 120 rallongée de 8 pieds.
 

En 1953, alors que la quasi totalité des autres Staff cars ont diverses destinées, grâce à leur légendaire robustesse unanimement reconnue, les Packard des modèles 1083, 1903 et 2003 sont les seules voitures qui, datant de la guerre - 1940 à 1943 - bénéficient encore d'un classement Standard !

Avions, navires, chars…

A l'instar d'un iceberg, les Staff cars à destination de l'U.S. Army cachent la fantastique participation de la marque à l'effort de guerre états-uniens. C'est ainsi que sur terre, sur mer, dans les airs…, forte de son expérience, Packard répond au besoin de construction de presque chaque type de moteur, ainsi qu'à celui d'une exécution rapide.

A l'origine conçu par Rolls Royce Airplane, d'une fabrication initialement dévolue à Ford, celle des légendaires moteurs Merlin échoit finalement à Packard.

Packard - chaîne de fabrication des moteurs Merlin.

Equipant les non moins légendaires Mustang P-51, Mosquito, Warhawx, Lancaster, Hurricane…, Packard en décuple la production. A la fin de la guerre, 55 523 Merlin seront sortis de ses chaînes de fabrication.

Octobre 1944, le 50 000ème Merlin

 

Tournée également vers les applications à destination de la marine civile, dès 1939 la firme étudie et construit des moteurs par la suite très largement utilisés par celle militaire.

En mars 1940 un premier exemplaire équipe un bâtiment de guerre, puis de 1942 à 1947, la Marine engine division de la marque développe et produit ses fameux
V-12 puis V16 marine.

Au fronton de cette division, la motorisation des nouvelles vedettes côtières lance-torpilles construites par "Elco" - the wasp - chacune équipée d'un trio de moteurs de 1 350 chevaux, surfant ainsi à la vitesse de un mille minute, puis commandés à 808 exemplaires, 774 "PT boats" seront en service effectif à la fin de la guerre. Equipés ordinairement de trois ou quatre V12 de nomenclaturés 4M-2500, "the most perfect marine engine of its type", par la suite suralimenté, offrant une puissance unitaire de 1 800 ch., ils les propulsent à la vitesse de croisière de 47 mph.

Finalement, entre 1941 et 1945, à destination des gouvernements des forces alliées, 67 826 moteurs d'avions et de navires seront sortis des usines Packard.

Derniers points, anecdotique, en 1943 la firme construit également des moteurs de Medium tank M4A4.

Reconstructions.

S'il est peu ordinaire, en notre aréopage de collectionneurs de véhicules militaires de tous acabits de rencontrer des "Pack mili", il faut d'autant, lorsque l'occasion se présente, relever quelques remarquables sauvetages :

Retrouvé en 1968 à Dallas puis reconstruit par un certain Don McLillan, l'étonnant parcours de ce Clipper Sedan
n° 1512 5747 qui sorti d'usine le 13 novembre 1941 a une aura toute particulière, puisque commandé par le général Douglas Mac Arthur alors en Australie, qui revenu aux States en fait don à son chauffeur.

Son étonnante histoire plus en détails sur :
www.mvcgfrance.org/doc_et_pub/packard.htm

Outre Atlantique, le Staff car d'un membre du "Packard Club USA".
Fugacement entrevu lors d'une concentration européenne de véhicules militaires de collection, cet autre Staff car.
Plus près de nous, ce "One twenty eight" de 1940, Staff car propriété du signataire, sous discrète livrée noire, comme véhicule alors destiné aux officiers généraux de haut rang aux Etats-Unis ou affecté dans des missions diplomatiques.