Les "Demoiselles de Gaulle",
ou l'odyssée de Peugeot DK 5 J de "Norvège 40".


1939.

La camionnette 4x2 Peugeot DK5J - "J" pour jumelé - dans l'urgence des besoins militaires de l'époque, faute de mieux, est en fait un véhicule de "transition", hors normes, d'une armée en attente du Peugeot DMA de 1500 kg de charge utile.
Quoiqu'il en soit, si pour une livraison se devant d'être soldée fin 1940 la commande de 12 000 exemplaires est lancée en septembre 1939, ils s'avère, les "évènements" aidant, que seulement quelques 6 000 exemplaires sortent de Sochaux, les derniers profitant immédiatement à l'occupant allemand qui les récupère à la sortie de l'usine.

1940 - Destination Norvège. Si l'atout français est de disposer de troupes plus particulièrement aguerries à évoluer et agir en milieux montagneux, les bataillons de chasseurs alpins, leurs unités sont rajeunies, équipées de neuf, d'un habillement révolutionnaire dans bien des aspects, mis au point par l'E.H.M. - Ecole de Haute Montagne - de Chamonix, fabriqué en quelques semaines, ainsi, au milieu d'un parc de matériels terrestres formé de chars Renault FT17 - et oui ! - Hotchkiss H39…, de canon Bofors 40 AAA, de chenillettes Lorraine, de tracteurs d'artillerie Somua MCG5, de camions et camionnettes Renault AGK, AFB1, Laffly…, embarque-t-on également à Brest maintes Peugeot, quelques voitures légères et nos DK5J.

Fichiers : MAJ022_Peugeot_02 / 03

Une voiture légère et des camionnettes Peugeot DK 5 J arrivent en gare de Brest,
la 342ème Cie Autonome de Chars de Combat la Légion étrangère, les Polonais,
le 12ème B.C.A. sont dotés de ces camionnettes.

Fin juin, les forces alliées quittent la Norvège, avec elles partie des véhicules et engins, et nos Peugeot DK5J s'en reviennent en Angleterre pour équiper alors et pour certaines les éléments des Forces Françaises Libres. naissantes.

Juillet 1940 - De retour en Angletterre,
chasseurs du 6ème B.C.A. au camp de Trentham Park.

1940 - 45 "Les demoiselles de Gaulle."

Angleterre, parmi les volontaires qui rejoignent les F.F.L., à la caserne Moncorvo, les "V.F." - section féminine des Volontaires françaises - signent engagement "pour la durée de la guerre plus trois mois", reçoivent livret militaire, et pour celles nous intéressant, suivent l'entraînement A.T.S. - Auxilary Territorial Service - de l'armée de terre féminine britannique, voire stage et cours d'officier de liaison.

Fin d'année 1943, l'on parle de plus en plus d'un prochain débarquement en France, dans le Midi, en Normandie. En février 1944 le blitz reprend, presque chaque nuit les bombardiers allemands attaquent Londres, en avril, la Mission de liaison re-baptisée M.M.L.A. - Mission Militaire de Liaison Administrative - est transférée au camp militaire français à Camberley. En mai, le Civil Affairs Staff College, qui instruit les officiers britanniques destinés à coopérer en France avec les autorités civiles locales accueille français et alliés, dont nos "V.F."

Londres. Accompagné du colonel Renouard,
le général de Gaulle passe en revue les "Volontaires françaises".

Le 6 juin "La bataille suprême est engagée", le 26, soixante "V.F." reçoivent l'ordre de partir pour la France et venir au secours de la population civile dans les camps de réfugiés fuyant l'Allemand, le 28, rejoignant le port de Newhaven, elles embarquent sur le L.C.I. n° 384, puis sur la plage "Juno" encombrée de matériel militaire, grouillante de monde, débarquent, direction Bayeux, son Petit Séminaire.

Quelques jours plus tard, le groupe est scindé en équipes de quatre filles. Chacune de ces équipes, affectée à un détachement des Affaires civiles de l'armée britannique ou de l'Armée américaine, disposera d'une camionnette Peugeot, revoici nos DK5J, vieilles connaissances, réputées à juste titre increvables, néanmoins assez spéciales à conduire, vétérans rapatriés de Narvik sur l'Angleterre, regroupés à Camberley, revenues en France par d'autres transports.

3 - 15 juillet 1944 - En charge de nos "V.F.", Fontenay sur mer est le premier camp de réfugiés, si la majorité viennent de la région, s'y entassent également des Italiens, des Espagnols, des Algériens, une centaine de femmes russes…, les DK5J assurent quant à elles la logistique, la recherche, le transport des vivres depuis le ravitaillement américain, ou les réserves abandonnées par les Allemands, nos volontaires féminines quant à elles, conduite et entretien.

16 juillet - 15 août 1944 - "V.F." et DK5J reçoivent ordre de faire route sur Cavigny, près de Saint Lô, puis d'y installer un "Forward Transit Camp". D'incessantes rondes de camions, l'arrivée de ceux qui chargés de réfugiés viennent du front, le départ de ces mêmes camions évacuant d'autres réfugiés plus loin à l'arrière. D.D.T., distribution d'eau chlorée, rations "K"… Si la circulation est difficile car les grandes routes sont encombrées par des convois qui se déplacent à vive allure, empruntant les petites routes, les Peugeot quant à elles assurent diverses missions, la recherche de ravitaillement dans les fermes alentours, les liaisons avec le Q.G. de la 1er Armée américaine, le transport de matériels médicaux…

Mortain, devant la DK5J, Jean Claude, petit réfugié.

S'ensuivent pour les tandems "V.F." et Peugeot, les camps de Mortain - Falaise, celui du Mans, et le 26 août, Paris libéré, ou un petit groupe de quatre camionnettes de Narvik, ornées de croix de Lorraine et de drapeaux, s'arrête en haut des Champs-Élysées, reconnues par la foule elles sont prises d'assaut.

Frappée de la croix de Lorraine, l'étoile américaine sur le capot,
une DK5J et en surimpression une Volontaires française.

Le 11 septembre, "V.F." et Peugeot partent pour le Nord de la France, Valenciennes, Charleville, Saint-Amand, y stationnent une quinzaine de jours, accueillent les prisonniers de guerre français…, malgré forces crevaisons, pannes d'allumage, d'essence, fuites de radiateur, s'embourbant…, les DK5J assument stoïquement les missions.

Fin septembre, une note de service "autorisant les équipes chargées du rapatriement des Prisonniers et Déportés…, à suivre les détachements des Affaires civiles hors de France…" c'est alors pour nos équipages la Belgique, Mons, Charleroi, Namur, Liège, puis à une vingtaine de kilomètres du front, les camps de Verviers, Eupen, Malmédy et le proche Q.G. de la Firts Army. Coté mécanique, nos DK5J s'essoufflent, roulant sur des routes aussi mauvaises que le temps, les ennuis mécaniques sont fréquents, très souvent les radiateurs bouillent, ce qui amène à les baptiser du surnom de "Gargoulette". Décembre, l'hiver s'installe dans les Ardennes, les Peugeot gèlent, ne démarrent plus, les pièces manquent, les mécanos U.S. rivalisent d'ingéniosité.

Hiver 44-45 - dans la cour du centre d'accueil de Verviers en Belgique, les Volontaires françaises.

Le 10 mars 1944, les "V.F." reçoivent ordre de partir dés le lendemain pour le Forward camp de Brand, en Allemagne, ou réfugiés et prisonniers de guerre arrivant par milliers, atteignent rapidement le nombre de vingt mille. Le 28, instructions sont reçues pour mouvement sur Brauweiler, proche de Cologne. Patton et sa IIIème armée marchent sur Francfort. Pour les "V.F." Wetzlar, Weimar et Buchenwald seront les étapes suivantes. Le 8 mai 1945 la capitulation sans condition de l'Allemagne est signée, le 4 juin suivant, abandonnant quelques fantomatiques DK5J survivantes, les "V.F." quittent Buchenwald.

Caractéristiques techniques de la DK5J :
- Moteur à 4 cylindres, cylindrée de 2150 cm3, 45 hp
- Poids à vide de 1 850 kg.
- Charge utile de 1 200 kg.
- Vitesse maximale de 70 km/h.
- Dimensions : 5,3m de long, 1,85m de large, 2,27m de haut.

Et pour clore ce dossier, et revenir aux véhicules militaires de collection,
la DK5J de l'A.S.P.H.M.

 

Serge Pivot
Sources : Les Demoiselles de Gaulle - S. Vagliano-Eloy & L. Demouzon.