Après le mulet, ou les matériels et engins mécaniques U.S.
dans les troupes de montagne françaises.


A partir de 1878, le jeune royaume d'Italie se rapproche de l'Allemagne et de l'Autriche, la conquête de la Tunisie par nos forces, la signature le 12 mai 1881 du traité de Bardo avec le Bey de Tunis suscite chez nos voisins transalpins un vif mécontentement, suivi de manifestations, ce qui amène l'Italie, le 20 mai 1882 à signer avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie l'accord défensif qu'est la "Triplice Alléanza", ainsi la France a-t-elle à cette époque et sur sa frontière Est, ennemis du Nord au Sud.

Alors que nos voisins du sud-est possèdent, presque à notre insu et depuis 1872, des troupes de montagne, entraînées, aguerries, dont la présence permanente à proximité de nos frontières constitue pour nous plus qu'un danger, une menace pour l'avenir, après maintes tergiversations, à l'initiative première de Louis Ernest Cézanne, député d'Embrun et futur président fondateur du Club Alpin Français, crée-t-elle en décembre 1888 ses premières troupes de montagne, regroupant principalement douze B.A.C.P. - bataillons alpins de chasseurs à pieds - qui deviendront par la suite les emblématiques Bataillons de chasseurs alpins, et deux régiments d'artillerie de montagne à six batteries chacun.

Bien avant que l'aviation ne fasse son entrée sur les champs de bataille, cultivant en cela l'adage "Qui tient le haut, tient les bas", l'exploitation des positions stratégiques d'altitude est recherchée par les armées en lice et pour ce faire s'efforce-t-on de "porter les feux" le plus haut possible.

C'est ainsi, sauf à évoquer les chemins de fer ou l'invention anecdotique de la voiture automobile, alors que la France achève de conquérir son empire colonial, avec une armée dont tous les moyens de communications terrestres dépendent des animaux, que cet hybride de génie, ce mal-aimé, ce bâtard au pied sûr, ce placide porte-bât, lourdement chargé, de loin supérieur au cheval…, le mulet, la brêle, la "miaule" trouveront très naturellement place, et formeront il y a quelques décennies encore, dans les montagnes abruptes de Corse et d'Italie l'anachronique tandem soldat-mulet, le "Royal Brêle Force", affrontant neige, pistes et cols impraticables aux véhicules…

S'ensuit l'immédiat après-guerre ; pour l'armée française un rééquipement à "l'américaine", avec des pièces de masse indivisible élevée, et si l'aviation rend moins probante la tenue des points hauts, il n'en demeure pas moins nécessaire, ne serait-ce que pour l'aguerrissement des troupes à la montagne, exit le mulet, de tracter mortiers et pièces, en toute saison, tout au long de son Arc alpin.

Aussi, et pour qui se remémore les aléas de l'utilisation, l'hiver 1944-45, de ces engins dans les Vosges et les Ardennes, verrons-nous sensiblement jusqu'en 1965, de la Cluse du Rhône, au sud du Jura, jusqu'à la vallée de l'Ubaye, avec des fortunes diverses, maints véhicules et engins américains, majoritairement conçus pour l'emploi des masses et les exigences de la bataille décisive en plaine, mais à défaut de grives ne mange-t-on pas des merles, qui bardés de chaînes à neige, qui perclus de stalactites, les vitres étoilées de givre, fumant, alignant joint de culasse sur joint de culasse…, sur les routes de nos cols des Alpes, pousser, bouter, tracter, bien souvent en tandem, pièces de tous acabits.


Tracteur International Harvester C°, High speed, 13 ton, M5 et obusier de 155 Hm1

93ème R.A.M., weasel M29 et sa remorque sur skis. 93ème R.A.M., avril 1967, plan Lachat au pied du Galibier, weasel M29 et mortier de 120 sur skis.

Diamond 4 ton, 6 x 6, Cargo SWB 968 et Wrecker 969, enchainés.


Etayant en cela notre propos, principalement issus des archives du 93ème R.A.M. de Grenoble - Régiment d'Artillerie de Montagne - quelques clichés inattendus de machines qu'habituellement nous situons en d'autres lieux, l'une des plus anecdotiques étant celle d'une section du 6ème B.C.A., avec weasel et dans les neiges de la Kabylie.


Le 6ème B.C.A. dans les neiges de Kabylie.

Dossier réalisé et mis en forme par Serge Pivot.