Attention ! On nous regarde, et on nous juge.

La récente concentration de collectionneurs en Normandie se doit de nous fournir matière à réflexion postérieure, tels les "debriefings" que font les militaires en retour d'O.P.E.X. pour identifier les erreurs. Les collectionneurs se font plaisir, s'amusent, s'agitent, font ce qu'ils peuvent, ce qu'ils savent ou ce qu'ils croient savoir. Certes, mais ils sont en public.

Aussi ne faut-il pas perdre de vue, avant toute chose, que nous ne sommes que des civils, habillés pour l'occasion, et qu'il est préférable d'éviter de glisser vers un psychodrame parfois bien tentant. Il en va de notre image de marque, auprès du grand public comme vis-à-vis des autorités, et ces dernières nous observent désormais de plus près que certains ne l'imaginent. Quant au public, il peut être chaleureux, éventuellement d'une bienveillante indulgence, mais aussi juger cruellement les "dérapages" de certains.

On nous regarde, on nous juge, et cela ensuite nous colle bien à la peau, comme toutes les mauvaises réputations.

Votre Fédération, depuis des lustres, met en garde contre les erreurs à éviter et … prêche parfois dans le désert ! Et puis un jour, pan sur le bec : un journal nous écorche, avec le sourire, mais parfois avec des dents pointues et des arrière-pensées évidentes. Cela n'a pas manqué ce printemps, en voici deux exemples.

Dans un hebdo politique.

Nous allons commencer par le plus virulent, le plus politisé, le plus polémique, le plus orienté : M. Caviglioli dans le "Nouvel-Observateur" nous a, en résumé, ouvertement et monolithiquement fait passer pour des charlots aux portes de la psychiatrie, conduisant des guimbardes à des allures indécentes. La F.F. M.V.C.G., même non citée directement, se devait de réagir en raison de sa représentativité nationale connue depuis trente ans. Le bureau unanime a donc signé une mise au point que vous avez pu lire dans "La Lettre" de juillet 2009. Sur le site internet du journal en question, cette réponse a été tronquée d'un coup sec après les dix premières lignes, ce qui fait qu'elle ne veut plus rien dire. Tentative ensuite auprès d'un des nombreux rédacteurs en chef : M. Bouguereau, le chargé du courrier des lecteurs, a répondu en résumé : "Impossible à publier, c'est trop long, essayez de résumer en dix lignes et on verra.". Le résumé a été fait et envoyé : quelques phrases qui n'ont plus grand impact en réponse au billet d'humeur destructeur, mais c'était pour le principe. Lisez attentivement et réfléchissez calmement sur ces deux textes.

Les fantômes du D. Day.
Nouvel Observateur du 11 juin 2009.


Le droit de réponse fédéral

- Notre correspondance officielle en date du 19 juin suivant.

 

- En la "Lettre" fédérale, édition de juillet 2009.

Droit de réponse à M. François Caviglioli.

Ce que nous appellerons le "billet d'humeur" signé dans le Nouvel Observateur par M. François Caviglioli sous le titre "Les fantômes du D-Day", ne pouvait laisser sans réaction la Fédération Française M.V.C.G., fédération de loin la plus importante de francophonie en matière de conservation de véhicules militaires anciens, car les propos que nous y lisons relèvent davantage d'un parti-pris initial et délibéré que d'une approche plus sérieuse : le propre d'un billet d'humeur est en effet d'être subjectif. L'auteur qui fustige délibérément les "fana-milis" agit donc pour sa part davantage en "anti-mili" : cela est démocratiquement son droit, mais ne délivre qu'un éclairage restrictif donc partial. D'où ces quelques précisions complémentaires de notre part.

La moquerie est chose aisée, car si l'on part en Normandie à la chasse à l'excentricité, il est évident qu'on peut la trouver, quitte à forcer le trait. Cet épisode de perpignanais en officier des Marines - nous proscrivons le port de galons d'officier, chez nos membres, la "Charte du collectionneur.", que nous avons élaborée le stipule clairement - débarquant d'un Toyota 4x4 et se rengorgeant sur le prix d'une simple jeep Ford, relève d'une caricature que, même si elle est authentique, nous déplorons. Et d'un fétichisme financier qui n'a rien à voir avec un collectionneur normal. Nous vous signalons que, si la jeep basique reste un engin très courant, le vrai modèle de Ford, plus rare, se singularisait par l'apposition de la lettre "F" sur tous ses composants, du pneu, du verre de phare, de la carrosserie jusqu'au plus petit boulon. Mais le marché s'est largement ouvert à la vente de pièces neuves de reproduction marquées de ce "F", plus faciles à trouver que les vraies, ce qui relativise aussi bien des péroraisons…

Facile aussi d'ironiser sur des camions-grue remorquant ces engins après une courte prestation. Image possible certes, mais infiniment minoritaire et il ne faut pas perdre de vue que, même restaurées avec soin, ces mécaniques ont plus de 65 ans, et qu'il est arrivé que certaines digéraient mal quelque composant des carburants actuels…

En règle générale, nous proscrivons tout port d'arme individuelle (toujours notre charte du collectionneur) en dehors de prestations précises et limitées en espace et temps. Armes qui, si elles ne sont pas des copies en résine et bois - et c'est très souvent le cas - se doivent évidemment d'être démilitarisées. Et elles le sont : c'est faire injure aux spécialistes de Saint-Etienne - qui les neutralisent dans des normes strictes et fournissent un certificat officiel - que d'écrire qu' "un fanatique un peu bricoleur" peut les remettre en état de fonctionnement. Ne confondons pas les collectionneurs authentiques, très surveillés ces dernières années, et tel ou tel marché aux "kalash" évadées de telle ou telle zone de conflit. On peut voir de tout en Normandie tous les cinq ans, mais notre Fédération, déclarée depuis 30 ans, reconnue des ministères, tient vigoureusement à se démarquer de cet aspect marginal érigé en généralité dans vos colonnes.

Quant à dire que des "générations se sont croisées en s'ignorant.", il s'agit d'un raccourci hâtif et partial. Par exemple, un de nos clubs confédérés, venu du
sud-ouest de l'hexagone, avait la moitié de son effectif en Normandie constitué de jeunes membres qui avaient mis un point d'honneur à acquérir et revêtir des tenues irréprochables pour faire leur premier voyage sur les lieux historiques du D-Day. Ils sont allés au devant des vétérans ;certains anciens sont aussi venus spontanément vers eux tant était respectueux leur comportement. Heureusement l'anglais a fait des progrès chez les jeunes : cela leur a permis de parler longuement avec ces survivants de l'histoire ; ce furent, pour ces jeunes, des moments émouvants et inoubliables. Ils n'ont pas eu besoin de "rouler à tombeau ouvert à la poursuite de panzers" ou de "grimacer de douleur sur un brancard" pour vivre quelque chose d'exceptionnel.

Dommage, M. Caviglioli, que vous ne les ayez pas recherchés et encore moins trouvés. Il faut savoir tout dire en effet.

Un point partout, balle au centre.

Le bureau de la Fédération française M.V.C.G.

 

Celui de l'hebdomadaire "La feuille".

Dans "La Feuille" - http://lafeuille.info - l'hebdomadaire satirique de nos éditeurs de "La Lettre" fédérale, Anne et Guy donnent leur sentiment sur l'affaire du "Nouvel obs", édifiant.

 

Et dans L.V.A.

L'hebdomadaire très spécialisé "la Vie de l'Auto." ne nous a, pour sa part, jamais été hostile par principe, c'est un fait reconnu. Mais, sans mériter la moindre remarque de notre part, M. Bonnaud qui a évoqué Overlord sur trois pages et deux douzaines de photos-couleur, a frôlé parfois le deuxième degré, peut-être en toute bonne foi. Et en employant, au milieu de paroles neutres, la formule "soldat de pacotille". Désagréable à entendre mais parfois vrai, reconnaissons-le… ?

Certes, la dizaine de jeeps photographiées lasse un peu, mais tout le monde en Normandie a pu faire la même observation de saturation dans la facilité et souvent le manque d'imagination. Par exemple : l'inévitable marquage "HQ1 de la 101 AB ou 82 AB" sur la plupart des jeeps. On voit même une Hotchkiss M-201 allant aux bains de mer avec un conducteur à moitié civil, et en jeans !

"Comme en 44" clame cependant la première page avec sur toute la largeur une jeep surchargée dans un pré bien tondu: une image manifestement "montée" pour l'occasion, avec pas moins de sept passagers - que dit la carte grise ? et donc l'assureur ? - … Les tenues sont, il faut le dire aussi, tout à fait convenables et soignées, ainsi que l'âge de la majorité des "reconstituteurs" qui sont "vraisemblables" et ne font pas "seniors" déguisés en faux vétérans. En revanche, quelle belle immatriculation civile réflectorisée 2008 en dessous des marquages 1944… Combien de fois la Fédération a-t-elle demandé d'éviter ces télescopages anachroniques ?

Les autres photos sont plutôt sympa, même celle de "l'homme" épuisé dormant sur sa Harley. Reste un encadré à double tranchant et à l'extrême limite du second degré : Nicole et Pierre, qui sont venus de loin et parlent du M.V.C.G., posent à côté de leur jeep. Sympa : c'est déjà une Ford. Et puis cette personne a, dans son garage, une Ford G.P.A. amphibie qu'il a restaurée en une trentaine de mois. Respect, raison de plus, de la part des collectionneurs aimant les engins rares. Mais le lecteur qui n'y connaît rien, que voit-il ? Une jeep sans marquages adaptés, et ses deux occupants qui ont fait de leur mieux pour "s'habiller en vert" à leur taille. Au résultat : des pataugas aux pieds, et quatre couleurs différentes de vêtements.

Pèlerinage historique en Normandie ou concours de pêche en Armagnac ? malgré les x + 1 rappels oraux et écrits. Quel est le rôle d'un club s'il ne guide pas, ne conseille pas ses ouailles pour éviter un déguisement aussi évident et inadapté ?

Cela aussi c'est important, car c'est sur ces détails, plus visibles que la différence Ford-Willys, que l'on nous juge dans le grand public - et au dessus - et les efforts à faire ne sont pas surhumains pour être crédibles. Ce n'est pas grand-chose à côté de la restauration d'une amphibie, mais cela gâche l'effort. Allez, on a tous mal commencé un jour, ce sera donc mieux la prochaine fois.

Jean Pierre Dardinier.